Enseignement à distance : réflexions d’un enseignant confiné….

Depuis le 23 mars dernier, le groupe IFC a permis à l’ensemble de ses formateurs et étudiants de basculer sur la plateforme à distance “formationsup” afin d’assurer une continuité pédagogique dans le contexte de crise du Covid-19.
Visio-conférence, chat, dépôt d’exercices ou d’examens en ligne : les fonctionnalités sont nombreuses et ont été très rapidement assimilées.
Ce nouveau mode de travail, combiné à l’obligation d’être confiné, a pu perturber au début…et a finalement révélé une pédagogie différente, permettant aux formateurs d’adapter leurs méthodes d’enseignement.

Par Jean-Marie CHAUDRONNIER, formateur à IFC Nîmes et IFC Avignon.

“Comme tous les enseignants du supérieur je suis confronté au confinement et à la nécessité de poursuivre les formations afin de permettre aux étudiants de poursuivre une formation aussi « normale » que possible.

La solution de la formation à distance a un certain nombre d’avantages, mais aussi des inconvénients.

Les principaux inconvénients résident dans la forme. En effet l’enseignant adapte, modifie, précise, illustre son propos au contact des étudiants. Le face to face permet en effet de moduler et d’adapter son propos en fonction du ressenti qu’il a face à son auditoire. Ce ressenti n’est guère possible à distance,  et plus particulièrement pour des groupes importants d’étudiants.

L’autre inconvénient réside dans la surcharge de travail, tant pour l’étudiant que pour l’enseignant. L’enseignant doit dans un premier temps re bâtir son cours afin de permettre à l’étudiant de progresser à distance en s’appropriant des concepts et des compétences au travers de cas pratiques progressifs que l’enseignant aura du préalablement  concevoir. L’enseignant n’étant pas face à son auditoire il doit parsemer sa progression pédagogique de petits exercices, questions, quizz et autres tests pour vérifier que son auditoire est toujours en phase avec son propos.

L’appropriation des compétences et savoirs ne se faisant alors plus nécessairement par l’apprentissage traditionnel ;  il faudra concevoir pour chaque session un contrôle de l’acquisition, et donc corriger et analyser les contrôles rendus.

L’étudiant,  va devoir passer d’un modèle d’apprentissage traditionnel , à un modèle où l’essentiel de l’acquisition se fait au travers de l’assimilation par la pratique d’exercices et d’items qu’il devra traiter. Il aura ainsi plus de « travaux à rendre » et d’exercices  à faire pour s’approprier les compétences et savoirs.

Enfin dernier inconvénient les cours ou formations techniques voir « pointues » sont en partie peu adaptées à l’enseignement à distance. Ainsi il est relativement complexe de faire assimiler à des étudiants des notions techniques complexes sans les avoir en face à face.

En effet a réactivité du « présentiel » permettant à l’enseignant qui visualise et « ressent » son auditoire, de moduler, adapter , rythmer et moduler son propos différemment . A titre d’exemple faire comprendre à distance à des étudiants de master finances la théorie des options et son modèle binomial Cox Ross et Rubinstein ou encore le modèle de Black et Scholes  reste une gabegie…

Le présentiel reste indispensable à la perception réelle des difficultés et des méthodes à adopter pour expliquer, de manière adaptée à chaque profil, ce que nous sommes amenés à faire régulièrement…

A L’inverse les avantages sont forts .En effet les étudiants s’avèrent être plus concentrés et moins perturbés par l’effet de masse que constitue la classe, avec toutes ses digressions et perturbations possibles. L’étudiant ne se concentre que sur le propos de l’enseignant et non sur les interventions de ses camarades de classe. La partie présentation, des éléments théoriques, explications est plus efficace parfois, car moins perturbée par des digressions impromptues…

L’existence d’une plateforme telle que celle que l’IFC met à disposition de ses étudiants et enseignants, permet à chacun, pendant et après le cours de disposer de tous les supports à quelque moment que ce soit et ou que soit l’intervenant.

L’impérieuse nécessité qui nous a tous obligé à passer à l’enseignement à distance nous a également contraint à re – concevoir nos documents, supports, et interventions, afin qu’elles soient plus adaptées à une appropriation à distance plus autonome des concepts et compétences.

Ainsi la remise en cause de beaucoup de support de cours permet aussi d’actualiser les méthodes de transmission des savoirs et d’appropriation des compétences au travers de pratiques renouvelées.

L’enseignant peut alors tout en restant sur le fond faire preuve d’audace dans sa méthodologie et faire preuve d’innovation pédagogique ; rendant ainsi le séance parfois plus motivantes, voir plus « professionnalisantes » , aux dires de certains étudiants.

L’auteur qu’est l’enseignant doit en effet  repenser sa façon de faire, car il n’aura jamais la même interaction qu’en « présentiel » où son propos peut « ré-activement »  être modulé ou adapté.

Ainsi la contrainte soudaine de ce changement nous amène à ré inventer de nouvelles méthodes pédagogiques interactives afin de dynamiser en quelque sorte des formations que l’enseignant dynamisait généralement par son propos et son ton. Il se doit à présent de  dynamiser intrinsèquement le contenu de ses interventions.

Ce changement rapide, voire brutal, s’intègre tout à fait dans un apprentissage organisationnel qui selon les travaux de Argyris et Schön ,  traduit une action de changement créée par l’interprétation des dysfonctionnements le long de “trames nouvelles” ou de trames existantes, c’est-à-dire sans modifier les éléments invariants ou au contraire en les redéfinissant.

La transformation constitue la relation entre les compétences et les connaissances et les réalisations concrètes qui en sont faites. Il est évident qu’un déplacement de connaissances et de compétences renforcent la capacité des individus à réaliser les mêmes objets, les mêmes missions.

En revanche, la transformation des compétences peut sensiblement changer ces réalisations.

Quoiqu’il en soit ce changement contraint, semble fonctionner, contrariant ainsi la théorie des cycles du changement établi par la majeure partie des auteurs inspirés par les travaux d’Elisabeth Kubler Ross… Mais peut être est il encore trop tôt pour conclure à ce sujet.

A ce jour je ne retiens que du positif de cette expérience même mais si la convivialité et la « sociabilité » des échanges avec les étudiants manquent à ma mission…”